Chapitre 3 ____ La voiture avalait le goudron. Déjà, les gouttes de lumière qui tombaient des réverbères éclairaient le poumon vert de la ville, Central Park. Ils dévalaient l'avenue, fonçant en direction du Rockfeller Center. Jack se rappelait les Noël de son enfance, sa mère, qui l'emmenait voir les illuminations, les parades, les vitrines des magasins, remplies d'automates, d'ours en peluche, de jolies poupées sur la Cinquième Avenue.
-Malldoooone! Qu'est-ce que vous fichez? Vous attendez le dégel?
____Le chef le tirait, brutalement, de son retour dans une enfance, factice, certes, mais tellement plus agréable à la mémoire que sa vraie enfance, où sa mère rentrait tard, même le soir de Noël, n'avait pas le temps de cuisiner, ni de l'emmener voir la Parade, et encore moins de lui acheter de jolis jouets. De toute manière, quand bien même elle aurait eu le temps, elle n'aurait pas eu l'argent.
____Malldone soupira et sortit du véhicule. Il se dirigea vers la zone délimitée par la bande jaune fluorescente, qui protégeai la scène de crime. Déjà, malgré l'heure tardive, des passants s'agglutinaient contre la bande, tels des rapaces qui tournent autour du cadavre de son repas, sauf qu'ils venaient pour voir un crime, en vrai, jaser, et non pour récupérer les morceaux. Enfin quoi que avec certains psychopathes... Malldone soupira à nouveau. D'ailleurs, pourquoi les avaient-on appelé sur cette scène de crime, qui ne dépendait absolument pas de leur juridiction?
____Après un nouveau soupir (Malldone tentait-il de battre un record?), le policier passa sous la bande jaune et rejoignit Donnets, déjà occupé à crier sur l'aide du médecin légiste, le docteur Ross, ainsi que sur les autres policiers qui commençaient à prendre les photos, les mesures et ramasser les indices qu'ils trouvaient.
-Ah, bah c'est pas trop tôt, Malldone! Bon, surveillez moi tout ça, faut que j'aille dire bonsoir à mon ami le commissaire Grisou !
____Malldone frémit à cette perspective: ça allait encore barder, les deux policiers ne s'entendaient pas. Et encore, c'était un euphémisme. En voyant le corps, il poussa un petit cri.
-Qu'est ce qu'il y a, encore, Malldone?
-Ben, ce type, c'était le dealer qu'on a voulu arrêter cet après-midi, Leo et moi...
____Donnets soupira, d'un air résigné, comme s'il portait le monde sur ses épaules, et partit rejoindre son commissaire préféré. Malldone, quant à lui, se dirigea vers le légiste, qui examinait le corps.
-Alors Doc? Heure de la mort?
-Je ne peux encore rien avancer de précis pour l'instant, mais je dirai entre 19 et 22h. Mais vu que cette rue est passagère, je ne pense pas trop me tromper en avançant que le corps a du être trouvé rapidement, donc, sûrement vers 19h30.
-Ok. Une idée de la façon dont il est mort?
-Oh, ces marques ici, semblent avoir été portées par...
Un objet contondant?
-Non, je dirai plutôt un couteau! L'entaille est profonde, au niveau du c½ur. Il a du se vider rapidement, en quelques minutes, de son sang...
-OK, merci Doc'! Bon vous là, ramassez tous se que vous trouvez, emballez-le correctement, prenez un maximum de photos, pour qu'on puisse reconstituer la scène du crime avec la position exacte de chaque objet!
-Eh! C'est ce qu'on faisait déjà, répliqua l'un des enquêteurs.
____Il y eut quelque ricanements, Malldone haussa les épaules et partit rejoindre son chef, en grande discussion avec le commissaire .
-Bonsoir Commissaire! Belle soirée, non, fit Malldone.
____Grisou gratifia d'un regard noir, puis l'ignora.
-Et pourquoi vous nous avez appelé ici ? Vous ne pouvez pas gérer une scène de crime tout seul, avec votre équipe, comme un grand?
-Cessez vos plaisanteries de mauvais goût, Donnets! Vous savez aussi bien que moi que ce meurtre a été commis par l'un des petits bouseux de votre sale gang!
-Comment vous pouvez savoir qu'il fait partie du gang de Pavarotti?
-Poignardé quelqu'un comme ça! Ce sont leur méthode! De plus, il n'est pas difficile d'identifier la victime comme étant le jeune DiCionario, qui en faisait partie!
-Peut-être, mais sur votre juridiction. C'est votre problème.
-Oui, ça a été commis sur ma juridiction, mais à cause de votre incompétence! Si vous aviez démantelé ce gang, on en serait pas là! Je ne veux pas que Manhattan deviennent le lieu des règlements de compte de vos sales voyous du Bronx!
-Et alors? Vous comptez faire quoi? Dire au Père Noël que je n'ai pas été sage?
____Malldone pouffa.
-Vous, ça va, dirent les deux hommes d'une même voix, unis dans l'adversité.
____Les deux policiers se regardèrent de façon étrange, on aurait dit qu'ils hésitaient chacun à sauter sur l'autre, parce que celui-ci lui avait volé ses mots. Ils plissèrent les yeux, puis revinrent à leur précédent sujet de discorde.
-Non, non, je vais bien avertir quelqu'un, mais pas le Père Noël... Je demanderai aux fed's de reprendre l'enquête! Peut-être qu'ils sauront arrêter le gang, eux!
-Ils ne viendront pas! Ce n'est pas un crime fédéral!
-Oh, je parie que ce brave DiCionario devait avoir un casier dans au moins une demie-douzaine d'états... En tout cas Donnets, je vous donne huit jours pour faire quelque chose. Si passé ce délais, ou si un autre meurtre se reproduit ici, à Manhattan, j'appelle le FBI.
-Serait-ce des menaces?
-Peut-être... Mais vous êtes prévenus.
____Nouvel échange de Regards Revolvers. Puis chacun tourna sur ses talons, et partit de son côté, tels deux cow-boys venant de se poser un ultimatum dans les vieux westerns. A ce moment-là, un des policiers qui s'était traîné par terre pour ramasser un mégot, un chewing-gum et deux trois autres détritus de ce genre, vint à la rencontre de Donnets.
-C'est bon, Chef, on a tout. Le corps a été emmené et tous les indices ont été soigneusement prélevés et étiquetés.
-Bon, on remballe tout et on rentre... Magnez-vous Malldone, vous avez entendu, c'est notre dernière chance... Et le compte-à-rebours est lancé...